L'histoire du Chateau et du Golf de La Cordelière

HISTORIQUE DU CHATEAU DE LA CORDELIERE

 

     Le domaine de « la Maison Rouge » encore appelé la « Vendue aux Cordeliers » évoque une portion de forêt appartenant à la communauté des Franciscains appelé communément Cordeliers, d'où le nom de la Cordelière.

 

   En 1591, Guillaume Hennequin de Vaubercey et sa deuxième épouse Catherine Mauroy, devinrent les tous premiers propriétaires de ce domaine qui revint ensuite à leur fille, Catherine Hennequin et à son époux, Sébastien de la Ruelle, gentilhomme de la grande Fauconnerie du Roi.

 

     Nicolas Parent, né à Chaource le 24 juin 1744, avocat du roi à Troyes le reçut en héritage. En 1780, il fit construire un château qu'il baptisa « la Cordelière », celui que l'on nomme actuellement « la petite Cordelière », château typiquement XVIIIème.     

                                                                     

     Nicolas prêta le serment du Jeu de Paume le 20 juin 1789. Il mourut guillotiné sous la Terreur, le 4 février 1794, sous le fallacieux prétexte de conspiration contre la liberté et la sûreté du peuple français (on l'accusait à tort d'avoir caché des royalistes dans la forêt de Chaource.      

                                                              

     Sa soeur, Françoise, mourut ainsi que sa fille, en août 1802, dans l'éboulement du plafond de la maison qu'elle et son mari venaient de faire construire au coeur de Chaource : l'actuelle mairie de Chaource. En 1833, le fils de cette dernière, Frédéric Louis Micheau, devint le nouveau propriétaire de la Cordelière. Il fut conseiller général, Chevalier de Malte et nommé Comte Micheau de Chassy par le Grand Duc de Toscane.    

 

     En 1852, le domaine revint à sa fille Aurélie-Louise qui épousa le Comte Gabriel Chandon de Briailles, propriétaire des vins de Champagne Moët et Chandon. Ils eurent deux fils : René né en 1853 et Frédéric en 1858.          .

 

     Après la mort de ses parents (en 1868 et 1873), Frédéric demeura à la petite Cordelière, chez ses grands-parents et devint le Vicomte Chandon de Briailles.

 

     Très simple et très populaire, il donnait de grandes fêtes à la Cordelière où la population locale était invitée. Durant l'hiver 1891, pour occuper les hommes privés de travail à cause des rigueurs hivernales, il fit construire un magnifique château de glace sur une île minuscule au milieu d'un étang. Plus tard, vers 1895-1900, il fit édifier au même endroit, un chalet de 2 étages, haut et étroit, sorte de château miniature couvert de chaume et surmonté d'une tourelle. Le château était relié à la rive par une passerelle. Le chalet est encore visible sur l'étang situé de l'autre coté de la route départementale longeant le golf.

 

     En mémoire de sa mère Louise Micheau, Frédéric Chandon de Briailles dota l'église de Chaource d'un autel dédié à Saint François de Sales, érigé dans la chapelle du côté droit où se trouve leur banc de famille. 

     Après son mariage avec Odette de Fontenay (du château de Vaux), il fit édifier en 1892, face à la Petite Cordelière, un vaste et magnifique château de style Renaissance entouré d'un parc avec jardin à la française. C'est l'actuel Club-house.

 

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Après son mariage avec Odette de Fontenay (du château de Vaux), il fit édifier en 1892, face à la Petite Cordelière, un vaste et magnifique château de style Renaissance entouré d'un parc avec jardin à la française. C'est l'actuel Club-house.

 

  Quatre statues de nymphes placées au centre de massifs à fleurs, agrémentèrent l'espace entre les deux demeures. Aujourd'hui, cet espace est le putting green.

      

     En novembre 1900, l'inauguration du château donna lieu à de grandes fêtes où la population de Chaource fut conviée. Ces fêtes se terminèrent par un merveilleux feu d'artifice représentant, en bouquet final, la couronne du vicomte.

 

     Frédéric succéda à la mairie à Monsieur le Baron de Damoiseau de la Bande de Chaource en 1896, fonction qu'il garda jusqu'à sa mort en 1918 après une interruption de 1904 à 1908 due à un différend concernant l'école laïque. 

Mobilisé en 1914, comme Capitaine d'artillerie, Chevalier de la Légion d'Honneur, il hérita du titre de Comte de son frère René décédé en 1917. Frédéric mourut le 25 juin 1918 des suites de la guerre.

 

       Le Comte eut 4 enfants : François (1892-1953), Henri (1898-1937), Hervé (1900-1954) et Jehanne (1902-1947)

 

      Le château fut habité par l'aîné, le Comte François. Il épousa en 1917 Louise Archdeacon du château de Chevrey dans l'Yonne, fille d'un député de Paris, mais, peu de temps après, leur mariage fut annulé.

 

     François Chandon de Briailles fut maire de Chaource de 1922 jusqu'à sa mort, en 1953, conseiller d'arrondissement avant 1940, conseiller général de 1947 à 1953. Le Comte consacrait énormément de temps à l'héraldique, la littérature, la numismatique et l'archéologie. Tous les ans en mars, il partait faire des fouilles en Syrie.

 

    Cet homme cultivé et populaire à l'image de son père, fut arrêté en 1944 et déporté pour 11 mois en Allemagne au camp de Neuengamme. Les véritables raisons de sa déportation tiennent-elles à son affiliation à un réseau de Résistance ou à sa situation de châtelain et d'homme public ?  Il ne revint qu'en août 1945 à la Cordelière, sa santé bien altérée. Pendant son absence, le château avait été occupé par un état major allemand qui avait profité de son séjour pour vider les caves pleines de champagne Moët et Chandon !

 

     Le Comte François meurt en février 1953, sans descendance. Les Chaourçois conservent de cet homme original et affable, un souvenir reconnaissant pour tout ce qu'il apporta à la ville et à la population. On se souvient notamment, qu'un vendredi saint, il permit à des jeunes gens recherchés par les Allemands de se cacher dans le clocher de l'église, qu'il sauva la vie d'un photographe, qu'il procura de faux papiers aux jeunes désignés pour le STO, qu'il hébergea des résistants blessés dans les sous-sols du château.

 

     Président d'honneur de l'union Sportive Chaourçoise, François Chandon avait mis son étang à la disposition du club pour  la pratique de la natation. A la belle saison, tous les soirs à cinq heures, les jeunes de Chaource et des environs se rendaient à l'étang de la Cordelière, pour apprendre à nager, sous la direction du moniteur Henri Robert. Les dimanches d'été, l'étang devenait un lieu de promenade très fréquenté. Chaque année, il était le cadre d'une grande fête nautique, compétitions de natation, joutes nautiques, concours de périssoires fleuries

 

     François Chandon de Briailles fut enterré, auprès des membres de sa famille, dans la chapelle de la propriété qu'il avait fait construire. C'est une chapelle de style gothique dont les fenêtres sont copiées sur celles de l'église de Chaource et la flèche sur celle de l'hospice.

 

     Le château revint par testament au Comte Hervé qui décède un an plus tard. Dans ce testament, certains membres du personnel reçurent presque autant que certaines nièces du comte.

 

      En 1954 donc, c'est Frédéric, fils d'Hervé, et dernier du nom, qui hérita de la propriété. Il est alors propriétaire de la célèbre maison de champagne Moët et Chandon à Epernay.  Comme il habitait le château de Louvois dans la Marne, il ne revint pratiquement plus à la Cordelière. En mai 1957, il fit organiser une grande vente aux enchères. En cinq jours, l'important mobilier, gravures, porcelaines, faïences, armes, armures, bronzes, lustres en cristal furent dispersés. Les 2000 volumes de valeur qui constituaient la bibliothèque du Comte François furent livrés eux aussi aux enchères et furent âprement disputés entre les amateurs locaux et les bouquinistes parisiens pour une somme de 500 000F !  

UN CHATEAU ALLIANT TRADITION ET MODERNITE

 

Architecture :

 

    Le château de style Louis XII, amalgame de gothique et de Renaissance est un édifice de grande et riche allure dans lequel rien n'est laissé au hasard. 

 

    Les soubassements des façades, les chaînes et les encadrements des baies du sous-sol sont en roche de Pierre-Chêvre avec remplissages en moellons bleus rustiques, sorte de calcaire dur particulier à la région. Les perrons et les balcons sont en pierre fine de Chamesson avec marches et tablettes en roche de Comblanchien. A leur partie supérieure, les façades sont en pierre de Savonnières avec remplissage en briques rouges du Perchois. Les balustrades des perrons et des balcons, la loggia du grand salon et les lucarnes du couronnement en terre cuite, ton de pierre, constituent une application intéressante, tant au point de vue de l'effet décoratif que de la netteté des arêtes.

 

     Par un double perron sur la façade est, on pénètre dans le grand hall, orné de trophées de chasse et éclairé par le grand vitrail (œuvre du verrier parisien Tamoni). Ce hall sépare le rez-de-chaussée en deux parties : A droite, les pièces de réception : salles à manger (coté Petite Cordelière), tapissées de cuir de Cordoue (actuellement salons détente du club-house) et les salons donnant sur le parc (actuellement bar et salle de restaurant du Club-house). 

 

 

    A gauche : les pièces d'habitation, appartements de la Comtesse mère et de son époux renfermant chacun un cabinet de travail et une salle de toilette. On accède au 1er étage par l'escalier d'honneur. Cet étage est divisé en douze chambres d'amis avec penderie, cabinet de toilette et WC. Les appartements d'Hervé et de Jehanne se situent dans l'aile droite. Les chambres des enfants, la chambre du Comte François dans l'aile gauche.   

 

    Au 2ème étage, cinq antichambres d'amis et une salle d'étude occupent la partie méridionale tandis que la lingerie, les chambres de domestiques et le grenier occupent la partie opposée.

 

Modernité :

 

     Mais ce qui fait la particularité de ce château, ce sont les éléments de confort moderne dont il est doté dès la construction (1892). On doit cette particularité à l'architecte, Monsieur Sauger. Architecte en chef de la ville de Paris et par conséquent initié aux besoins de l'habitation urbaine moderne, il s'est efforcé de satisfaire aux mêmes conditions de confort dans une grande habitation de campagne.

 

      Au-dessus des caves creusées dans la roche, le château comprend un sous-sol, enterré de quelques marches mais dont le plafond est à 3 mètres au-dessus du sol. Aussi, cet étage est-il largement éclairé de façon à donner entière satisfaction aux services qui y sont aménagés : la grande cuisine, le garde-manger, la vaissellerie (lieu où est entreposé le gibier), le mûrier, la salle de chasse et des armes, la salle de bains et la salle de culture physique, l'atelier et le laboratoire de photographie, la salle à manger du personnel, les chaudières à charbon.

 

     On y trouve aussi des moteurs à pétrole pour l'alimentation des réservoirs d'eau. Ce qui permet d'avoir l'eau chaude aux étages, toutes les chambres étant équipées de cabinet de toilettes et de WC. Deux escaliers de service (un à chaque extrémité) ainsi qu'un monte-charge mettent le sous-sol en communication avec les étages supérieurs.

 

     Tous les étages sont aménagés d'un service incendie et d'un service d'eau potable qui fonctionne grâce à un bélier hydraulique. Un tout-à-l'égout était installé grâce à une ceinture d'égouts recevant les eaux usées de toutes natures, les transportant dans des chambres de décantation avant d'aller se perdre dans les bois environnants.

 

     Pour protéger du froid les nombreux orangers qui entouraient le château, on éleva une « orangerie », bâtiment tout en longueur et percé de larges baies vitrées. Les orangers, mais aussi toutes les autres plantes fragiles, lauriers, roses, palmiers ou citronniers y passaient l'hiver. Leur déplacement se faisait sur des rails que l'on installait pour la circonstance, dans des wagonnets que poussaient 8 hommes.

 

Et maintenant ......

     

Ce château de style Renaissance, inauguré en 1900, fut pendant la première moitié du XXème siècle, un haut lieu de la vie chaourçoise où les Chandon laissaient couler à flot le champagne.... Moët et Chandon.

     

    Début 1957, le Comte Frédéric CHANDON DE BRIAILLES, propriétaire des lieux, consent à louer le domaine à l'Association Sportive et d'Etudes Agricoles de la Cordelière nouvellement crée qui transforme, par étapes, le parc en un terrain de golf, reconnu aujourd'hui comme l'un des plus beaux de France. La propriété est vendue à un industriel belge avant que les membres de l'association, par le biais de sa Section Immobilière créée en octobre 1963, ne rachètent la propriété.

 

 Le château maintenant, au rez-de-chaussée, un secrétariat, une salle de jeu et de télévision, un bar, un salon, un restaurant et surtout la salle de billard qui a traversé le XXème siècle sans rien céder à la modernité. Ses murs tendus de satin rose et ses lourdes tentures de velours pourpre renvoient l'image d'une époque de faste et de félicité. Dans les étages, à la Petite Cordelière et dans les communs, des chambres ont été aménagées pour héberger les joueurs.

 

     Ainsi, de ce prestigieux domaine, seule la chapelle où reposent leurs ancêtres a été conservée par les héritiers Chandon de Briailles.

LES SOURCES :

« La famille Chandon de Briailles et le domaine de la Cordelière à Chaource » de Roger Barat (publié en 1998)  - Article paru dans l'Aube Nouvelle (été 2000)

Condensé établi par Michel Colin, Annie-Claude Lauvergeat et Laetitia Mialet.

Une partie des documents photographiques d'époque ont été gracieusement mis à disposition par Roger Barat. Les documents photographiques modernes et les autres documents photographiques d'époque ont été gracieusement mis à notre disposition par Madame Béatrice Mialet et Monsieur Michel Colin.

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 Naissance du Golf de Troyes - La Cordelière

 

Le golf (Golf de Reims, section Aube) fait son apparition dans le département de l'Aube dans les années 1954 avec les familles CAUZARD et BOULENGER, suite à une initiation au golf pratiquée à LA BAULE.

    Très motivés, ils décident de faire partager cette passion naissante à quelques amis troyens. Ils s'équipent, demi sac pour quatre et aménagement d'un practice sur le terrain d'aviation de Barberey.

     Le groupe de passionnés victimes du virus « golf » s'agrandit et tous les week-ends, c'est un convoi de 8 à 10 voitures qui prend le chemin du golf de Reims (à Gueux) pour assouvir cette passion ; cela durera 2 ans.

     Début 1957 M. André MAROT découvre le domaine de la Cordelière que le Comte Frédéric CHANDON DE BRIAILLES, propriétaire des lieux, consent à louer à l'Association Sportive et d'Etudes Agricoles de la Cordelière, nouvellement crée. Le terrain étant trouvé, et la réalisation d'un golf étant décidé (08/05/1957) il faut collecter le budget nécessaire auprès des membres fondateurs pour ensuite définir le futur tracé du parcours; cette tâche sera confiée à un architecte de golf M. Tom SIMSON (qui n'a d'ailleurs jamais vu le terrain) et au professeur de golf de Fontainebleau, M. Joseph HIRIGOYEN, qui possède de solides notions d'architecture.

    C'est avec un indiscutable talent qu'il réalisera le tracé que nous connaissons aujourd'hui. La construction des 9 premiers trous démarrera en août 1957 sous la direction énergique du Docteur Pierre TORRE bien secondé par un groupe de pionniers bénévoles.

     Fin 1957, un professeur est engagé, M. Pierre DELAVILLE de Nancy, le restaurant s'organise, le personnel de terrain est définitivement embauché, le matériel est emprunté ou loué aux clubs voisins. Tout est opérationnel et au printemps 1958 le premier calendrier sportif est imprimé, composé d'une quinzaine de compétitions, la première étant la Coupe Archibald qui se déroula le 20 avril 1958 (greens provisoires et bien imparfaits, surtout par temps pluvieux, rughs bien difficiles ... AG 12/1958)

      Le Golf de Troyes - La Cordelière est né regroupant environ 130 membres (fondateurs, membres actifs et membres d'honneur).

     Le premier Conseil d'Administration qui oeuvrera pour la création d'un grand parcours de golf est composé de douze membres, désignés lors de la première assemblée générale de l'association, tenue le 5 Novembre 1957, avec :

Président : Pierre TORRE
Vice-Présidents  : Maurice BELLOT & André MAROT
Secrétaire : Madame GUIET, avec pour adjoint, M. BLOUET
Trésorier : Pierre JONQUET, avec pour adjoint M. Jean LEMOINE

Directeur du terrain : M. MAHEE

Directeur du Club House : M. Jacques RENAUDINEAU, avec pour adjoint M. Michel LEMELAND

Directeur sportif : M. Pierre BOULENGER, avec pour adjoint M. Charles BOHEME

Le bilan des années 1957 et 1958 est de 11.807.000 d'anciens francs pour les investissements et de 3.867.880 d'anciens francs pour l'entretien.

      En 1959, le parcours s'améliore et est complété par les greens définitifs, les départs, et des bunkers. Le temps va passer, et suivant le plan de travail conseillé par Joseph HIRIGOYEN, après avoir joué sur 9 trous, on jouera sur 12 pour finalement arriver à 18 trous en 1967

      En janvier 1961, au départ de M. DELAVILLE, un nouveau "pro" est engagé, M. Maurice BOTCAZOU, son épouse ayant la charge du bon fonctionnement du Club House (bar et restaurant).

    Aujourd'hui le Golf de Troyes - La Cordelière est un des plus beaux parcours de l'Est de la France. Les Présidents et les conseils d'administration de l'Association, qui se sont succédés, ont tous apporté une large contribution à l'évolution et à l'amélioration du terrain, des infrastructures et des équipements, le domaine étant exploité et géré sur la base de baux à long terme.
       
        Après Pierre TORRE, les différents Président de l'Association du Golf furent : Claude JALABERT pendant 17 ans, Michel DION pendant 20 ans, Jean LAUVERGEAT, Albert FELIX-BOUY, Laurent GESP, Joël DARZAC, et actuellement Gilles ALLAIN.

      Le 08/10/1963 la Section Immobilière de l'Association Sportive et Agricole de la Cordelière (SIDASAC), Société Civile Immobilière, au capital de 285.000 est constituée avec 57 parts réparties entre 39 membres, pour faire l'acquisition du domaine le 11/10/1963, au prix de 250.000 frs.  

M. Paul BERNARDEAU a été le premier Président du conseil d'administration.moderne.